Lutter contre l’inégalité des sexes

dans le monde des TI

Au Brésil, les hommes représentent 80 % des employés dans le domaine des technologies de l’information,
mais {reprograma} contribue à réduire l’écart entre les sexes.

Josiane Santiago, 56 ans, a travaillé pendant 25 ans comme physiothérapeute mais s’est réorientée vers la programmation informatique  en 2019 après avoir suivi une formation chez {reprograma} – Bruno Santos / Folhapress

Retrouvez l’article d’Havolene Valinhos pour Folha de S.Paulo

Publié le 8 mars 2023

Au Brésil, le secteur des technologies de l’information (TI) reste majoritairement masculin. Sur dix travailleurs dans le domaine, seulement deux sont des femmes, indique l’Institut brésilien de géographie et de statistiques. Pourtant, bon nombre d’entreprises engagées s’acharnent à combler ce fossé et à recruter un personnel plus varié. C’est dans ce contexte que {reprograma} est née en 2016. Cette jeune pousse brésilienne propose des formations, des mentorats et des mises en relation avec des employeurs de l’industrie, principalement à des femmes noires, trans et/ou travesties* qui manquent de moyens ou d’opportunités pour apprendre la programmation informatique. Au bout de 18 semaines de cours, les étudiantes ressortent prêtes à rejoindre le marché du travail, affirme Nadja Brandão, directrice générale de la startup.

À ce jour, quelque 3 000 femmes ont participé aux ateliers de sélection. La moitié d’entre elles ont rejoint une formation proposée par {reprograma} ; parmi elles, plus de 60 % s’identifient comme noires ou racisées, et 6 % comme trans et/ou travesties.

Initialement, 99 % des étudiantes étaient des femmes blanches. Mais pour montrer que le monde des TI est à la portée de toutes, {reprograma} encourage particulièrement les femmes noires, trans, travesties, mais aussi les mères célibataires et toute autre femme devant faire face à des contraintes financières ou sociales, à poser leur candidature. « Les femmes blanches participent toujours, mais l’idée est d’ouvrir les portes pour que tout le monde puisse se voir représenté sur ce marché. Cela encouragera d’autres femmes à se lancer », explique Brandão.

Chaque dossier est soigneusement examiné afin d’assurer un soutien financier aux étudiantes qui en auraient besoin pour pouvoir suivre la formation dans de bonnes conditions. « Toutes ne disposent pas forcément d’un ordinateur ou d’un accès à internet. Certaines perdent leur travail durant la formation ou doivent cumuler un deuxième emploi pour subvenir aux besoins de leur famille, détaille la directrice générale. Nous cherchons donc à établir des partenariats institutionnels et commerciaux pour les soutenir et les empêcher d’abandonner. » 

Selon une enquête annuelle du ministère du Travail et de l’Emploi brésilien , la participation des femmes au marché du travail dans le secteur des technologies de l’information a augmenté ces dernières années, de 65 800 employées en 2015 à 92 800 en 2021. 

{reprograma} veut voir ce chiffre croître davantage. La firme prévoit de former en 2023 plus de 440 futures professionnelles. Selon la directrice, plus de 85 % de leurs diplômées trouvent un emploi au bout de six mois. Si ces résultats sont encourageants, Nadja Brandãone ne se fait pas d’illusions : il faudra encore de nombreuses années de travail acharné pour mettre fin aux inégalités dans le domaine. 

Mais en tant que femme noire et après avoir occupé des postes de direction au sein de différentes grandes entreprises dans sa carrière, elle est plus que jamais convaincue de l’importance de la diversité dans le monde du travail. « Ça crée un certain sentiment de solitude quand vous ne voyez pas d’autres femmes noires que vous, avoue-t-elle. C’est pourquoi j’ai accepté de rejoindre l’équipe de {reprograma}, pour faciliter à d’autres femmes l’accès à des postes de direction. Ici, elles acquièrent des compétences, mais elles apprennent aussi qu’elles peuvent représenter et encourager la diversité au sein d’une grande entreprise. » 

Josiane Santiago, 56 ans, est l’une de ces femmes. En 2019, après 25 ans de carrière comme kinésithérapeute, elle décide qu’il est temps de changer de voie. À 53 ans, elle s’inscrit à la formation en programmation informatique. « {reprograma} a été le grand tournant pour moi. J’y ai développé des compétences personnelles et professionnelles, mais j’ai aussi partagé cette expérience avec d’autres femmes, et nous avons appris les unes des autres. J’ai pris confiance en moi, je me suis valorisée. » Elle en est aujourd’hui à sa deuxième expérience dans une entreprise tech. Elle a été promue au poste d’ingénieure logiciel.

Pour être embauchée, Santiago a dû concourir avec 120 candidats et candidates dans le cadre d’un programme destiné à favoriser la diversité. Elle a fait partie des 20 sélectionnés dont trois seulement sont finalement devenus des employés sur le long terme. Elle est à présent la seule femme dans une équipe de huit personnes. « On ne peut considérer aucun progrès comme acquis. On doit se battre pour revendiquer notre place. »

Une autre success story est celle de Beatriz Ramerindo, 25 ans. À la fin de sa formation, en août 2021, elle quitte Rio de Janeiro pour São Paulo où elle travaille aujourd’hui à la fois comme enseignante et comme ingénieur logiciel. « Je suis passée d’un revenu presque nul à un salaire trois fois le Smic, plus avantages sociaux, dans une entreprise partenaire de {reprograma}. »

Ramerindo a vécu la majeure partie de sa vie dans le Complexo do Chapadão, au nord de Rio de Janeiro. Issue d’une famille modeste, elle abandonne l’école vers l’âge de 12 ans, mais en 2014, elle parvient à terminer sa scolarité grâce à l’Éducation des jeunes et des adultes (EJA). Cinq ans plus tard, elle obtient son diplôme de fin d’études alors qu’elle vient d’entamer sa transition de genre.

En 2020, une amie lui parle de {reprograma}. Déjà familière du langage de programmation JavaScript, elle participe à l’atelier de sélection pour soutenir son amie. Au bout du compte, toutes deux sont sélectionnées pour rejoindre une formation.

Keila Simpson, présidente de l’Association nationale des travestis et transsexuels (Antra), espère voir davantage d’initiatives inclusives voir le jour et donner lieu à plus d’opportunités. « C’est très important qu’il y ait plus de femmes noires, de personnes transsexuelles et travesties dans les entreprises. Elles sont confrontées à une énorme marginalisation. »

PretaLab, Microsoft, Softex, Mais Mulheres em Tech (Plus de femmes dans la technologie), TechGirls… Un certain nombre d’organismes et d’entreprises se sont lancés ces dernières années et proposent désormais des formations pour aider à percer davantage dans le domaine des technologies d’information au Brésil. 

*Au Brésil et dans d’autres pays d’Amérique latine, le terme « travesti » désigne une identité de genre transféminine, transgressant les normes binaires qui définissent ce qui est perçu par la société comme masculin ou féminin. Le mot ne fait pas référence à une expression artistique mais à une revendication politique d’une communauté entière au Brésil. Pendant un certain temps, il a été considéré comme péjoratif ou associé à la prostitution.