Supriya Sahu, à la croisée de la crise climatique
et de l’égalité femmes-hommes

Chef de file de la première mesure nationale relative à la lutte contre l’impact du dérèglement climatique,
la pionnière indienne est convaincue que les femmes doivent faire partie de la solution.

Supriya Sahu | Photo Credit: R. Ravindran

Retrouvez l’article de Geetha Srimathi S pour The Hindu

Publié le 8 mars 2023

Le Tamil Nadu est l’un des États les plus vastes et les plus urbanisés de l’Inde. C’est aussi l’un des plus menacés par le dérèglement climatique. Selon un rapport gouvernemental, cet État du Sud est l’un des plus exposés aux phénomènes météorologiques extrêmes dans le pays, notamment aux cyclones et aux périodes de sécheresse. Depuis 2019, Supriya Sahu, 54 ans, coordonne les efforts des autorités tamoules pour lutter contre les effets dévastateurs des conditions météorologiques extrêmes. Un combat dans lequel elle met les femmes en première ligne.

Avant d’être nommée secrétaire générale adjointe du département de l’Environnement, du Changement climatique et des forêts de l’État du Tamil Nadu, Sahu exerce pendant plusieurs décennies dans la fonction publique, où elle acquiert une grande expertise en matière d’environnement. Des compétences importantes pour relever les défis climatiques auxquels est plus que jamais confronté le Tamil Nadu.  

En 2022, cet État devient le premier en Inde à lancer une initiative sur le changement climatique avec des objectifs et des domaines d’intervention spécifiques. La Tamil Nadu Green Climate Company (TNGCC) a trois missions : accroître la surface forestière et arborée de l’État, lutter contre le changement climatique et préserver les zones humides.  

Supriya Sahu préside la TNGCC et supervise un conseil d’administration composé exclusivement d’hommes. Une situation inhabituelle qu’elle prend très au sérieux. Seuls 1527 des 11 569 fonctionnaires qui ont rejoint la fonction publique administrative indienne (Indian Administrative Service ou IAS) entre 1951 et 2020 sont des femmes, montre le projet de data journalisme IndiaSpend. Cela représente environ 13% des effectifs. Interrogée sur le fait de travailler dans un domaine majoritairement masculin, Sahu affirme que dans n’importe quel emploi, il faut faire ses preuves, et ce quel que soit son genre. 

Son assurance lui vient peut-être de son éducation en tant que fille d’un fonctionnaire de l’IAS, et de ses précédents succès professionnels. Parmi les étapes importantes de sa carrière, son mandat de collectrice au sein du district des Nilgiris. Situé à la frontière du Tamil Nadu, du Kerala et du Karnataka, il est sensible sur le plan écologique. Cette expérience laisse en elle  « une marque indélébile ».

« C’est à Nilgiri que j’ai réalisé qu’au niveau du district, les gens font davantage confiance aux femmes fonctionnaires pour cerner leurs problèmes », explique Supriya Sahu. Après avoir constaté que des animaux tels que les éléphants et les bisons mangeaient les emballages en plastique jetés par les touristes, son équipe et elle font interdire l’utilisation de plastiques à usage unique dans tout le district. Cette initiative est alors saluée par le Programme des Nations unies pour le développement. « Nous avons mis en place l’interdiction des produits en plastique à usage unique il y a 23 ans, alors que personne ne pensait à leur impact sur la planète. » Sahu attribue ce succès à l’implication des habitants locaux et de groupes d’entraide de femmes.

Elle est convaincue que les femmes apportent une certaine sensibilité et appréhendent les problèmes différemment, notamment quand il s’agit du dérèglement climatique. « Lorsque vous sortez, regardez simplement ce qui se passe autour de vous. Tout tourne autour des femmes. Vous allez dans les champs, elles font le même travail que les agriculteurs, elles gardent le bétail et elles s’occupent des enfants. Elles font aussi la cuisine. Mais on les considère comme des ouvrières, et non comme des agricultrices. C’est la femme qui devrait être au centre des initiatives en matière de lutte contre le changement climatique. Le cas échéant, ce sera une forme d’injustice climatique. »

D’après un rapport des Nations unies, les femmes sont plus vulnérables que les hommes aux impacts de la crise climatique puisqu’elles constituent un pourcentage important des communautés pauvres dans le monde entier, et que leurs rôles, responsabilités, champs de décision, accès à la terre et aux ressources naturelles, opportunités et besoins sont très différents de ceux de leurs homologues masculins.

Selon Supriya Sahu, les mesures relatives à la lutte contre l’impact du dérèglement climatique mises en place dans le Tamil Nadu sont pensées pour bénéficier aux femmes. Par exemple, le gouvernement de l’État a lancé, en mars 2022, le programme Green Fellowship pour engager les jeunes dans la conception et la mise en œuvre de nouvelles politiques environnementales. « C’est la première bourse de ce genre en Inde, et nous allons avoir 40 boursiers qui travailleront sur les enjeux climatiques pendant deux ans, précise-t-elle. Nous allons mettre l’accent sur la sélection de boursières. » 

Une autre initiative locale que Sahu met en avant : le programme d’initiation à la problématique du changement climatique. Celui-ci consiste à créer des vidéos et publications éducatives en langue tamoule portant sur le changement climatique destinées à être partagées sur les réseaux sociaux. « La majeure partie de ce programme s’adressera aux femmes », assure-t-elle. 

La campagne de sensibilisation « Meendum Manjappai » en est un troisième exemple. Elle vise à encourager l’utilisation de cabas en tissu jaunes éco-friendly plutôt que de sacs en plastique, tout en faisant en sorte que des femmes puissent en tirer profit. « Je me suis rendue dans la banlieue de Madurai où j’ai rencontré un groupe de 15 femmes qui travaillaient dans un petit atelier de couture. Elles y confectionnaient des sacs de différentes tailles et modèles. Nous leur avons demandé de produire des manjappais sacs en tissu, ndlr.], ce qui leur permet de gagner un salaire décent. »
Supriya Sahu souligne néanmoins que de nombreuses initiatives finissent par devenir un fardeau pour les femmes, dont le travail est souvent invisible. « C’est pourquoi il faut que le monde réfléchisse à  comment alléger la charge qui pèse sur les femmes. »